Cet été, je suis partie en vacances à New-York, ville relativement accessible pour un fauteuil roulant. Sauf qu’une ville accessible c’est bien, mais encore faut-il avoir un fauteuil qui marche (ou plutôt qui roule) pour en profiter !

Premier jour nickel, on a fait des kilomètres dans toute la ville, et le programme des jours suivants s’annonçait déjà bien chargé ! Et deuxième jour, 16h, arrivée au musée du MET, plus de batterie (de fauteuil hein pas de téléphone). Pas du tout normal, je ne comprends pas ce qui se passe, et je commence à paniquer à l’idée de me faire un remake d’une nuit au musée, coincée immobile et en panne au milieu des momies. 

Et là, révélation : mon chargeur est mort dans la nuit à cause de la différence de voltage qu’il n’a pas supportée. RIP.

Et donc il me faut un nouveau chargeur. A 6 000km de chez moi. Simple.

La galère commence : entre chaque vitrine j’essaie de lire sur internet où est-ce que je peux trouver un vendeur de fauteuil qui pourrait me louer un chargeur (parce que celui que j’avais coutait la bagatelle de 700€ donc pas super chaude pour sacrifier toutes les économies pour ma semaine à NY pour un truc aussi glamour qu’un chargeur de Permobil – oui c’est le nom de la marque de mon fauteuil, et oui je sais, ça ressemble à Playmobil (en avant les histoires). Réponse : nulle part. Aucun de ceux que j’appelle n’en louent et n’ont de chargeur Permobil. Et c’est l’heure de fermer, et le lendemain c’est le weekend ! #JOIE

Alors je passe en mode économie d’énergie +++ et décide de tout terminer en taxi (la bonne nouvelle c’est que j’ai l’impression qu’1 taxi sur 10 était aménagé avec une rampe là-bas) jusqu’à ma chambre d’hotel. Et là je craque, j’appelle mes parents (à 2h du mat pour eux avec le décalage horaire). Ils ne répondent pas (normal) et je leur laisse des messages de grosse désespérée en mode « je vous en supplie demain à la première heure, appelez Horacio (mon réparateur de fauteuil adoré à Paris) et dites lui que je suis en panne et qu’il me faut un chargeur à New York en urgence. Pleaaaaase. Je ne sais pas quoi faire, ma vie est foutue, etc. etc. » Et là le fauteuil s’éteint, et rend son dernier souffle. C’est horrible une panne de fauteuil, c’est comme se retrouver paralysé (une deuxième fois en l’occurence…).

A ce stade, j’étais prête à en racheter un le prix fort. Rien à foutre.

Et le lendemain, au réveil, texto de ma mère « Horacio m’a dit qu’il faut que tu ailles à telle adresse (jackpot, à 3 blocks de mon hotel), et que tu achètes un chargeur d’une autre marque compatible (invacare ou pride), il y en aura c’est sûr ». Alléluia !

Ma pote avec qui j’étais part donc à la recherche du chargeur qui allait nous sauver. 200 dollars, elle achète, ma mort dans l’âme. Et revient me brancher.

Sauf que pour recharger entièrement une batterie de fauteuil complètement à plat, il faut du temps. La masse de temps. Genre 100 ans. Et pendant ce temps, impossible de rouler, il s’agit de rester branchée tel un iPad sur le secteur, sans bouger…

Alors on attend. Je prends mon petit dej face à mon mur. Puis je prends un bain. Puis on regarde 2 épisodes de Game of Thrones. Et là raz le bol, je me dis que c’est bon c’est chargé, il est temps de retourner gambader dans les rues. YOLO. On part direction la High Line (promenade récemment réhabilitée sur une ancienne voie de chemin de fer, transformée en jardin suspendu), avec le chargeur dans un sac au cas où.

Ca a été la journée la plus longue de toute notre vie. A peine faits 500 mètres dans la rue, batterie quasi vide, on s’arrête boire un café pour squatter une prise de courant pendant 30 min en bas de la High Line. Ca charge à 2 à l’heure, mais comme j’ai zéro patience, on décide d’y aller quand même. YOLO bis. Et là arrivées en haut de l’ascenseur qui monte de la rue à la promenade, gros avertissement : « Attention tous les ascenseurs autres que celui-ci, et celui TOUT AU BOUT de la ballade, sont HS. »

Nous voilà donc parties pour une ballade de plus d’une heure, sans issue et sans batterie. Mais je ne lâche pas l’affaire, je me dis qu’on trouvera bien une prise quelque part. Et évidemment, au bout de 200 m, re-crise, re-pas-de-batterie. On arrête les badauds pour leur demander « Excusez-moi, vous auriez vu une prise électrique quelque part ? » et ils nous prennent pour des grandes malades et nous disent que non. Moi j’étais le nez rivé au sol, comme Rantanplan, à regarder partout parterre.

 

Désespérée, j’ai fini par me brancher… à un stand de glaces vegan. Wallah. Pendant 1h, histoire d’avoir suffisamment de jus pour aller jusqu’au seul ascenseur qui marchait, et de redescendre choper un taxi.

Et en fait, même en le chargeant toute la fin d’aprem et toute la nuit suivante, la batterie était tellement morte, qu’il aura fallu attendre que je rentre en France et que je dorme plus de 15h d’affilée sans aucune interruption pour requinquer mon fauteuil pour de bon. Ce qui m’aura valu de bien galérer pendant tout mon séjour, et de me brancher sur absolument toutes les prises de New York, y compris sur un terrain vague occupé par une teuf de jour au fin fond de Brooklyn !