Ce texte est tiré d’une chronique que j’ai écrite pour la revue Ombres et lumière de la fondation OCH.
Il y a quelques jours, un nouveau chien d’assistance est entré dans ma vie. Elle s’appelle Uanna. Sa mission est de m’aider dans mon quotidien, notamment en réalisant des gestes que je ne peux pas faire avec mes bras, très peu mobiles – ramasser un objet, ouvrir une porte, allumer la lumière…
Cela fait plus de dix ans que je partage mon quotidien avec un assistant à quatre pattes, car avant Uanna, il y avait India. Et aujourd’hui, je suis convaincue que l’expérience de compagnonnage avec un animal nous enseigne bien des choses sur notre humanité.
Déjà, un chien, c’est un corps vivant. Ça bave, parfois ça sent mauvais, ça fait ses besoins, ce n’est pas toujours prévisible. Personnellement, ça me confronte au réel, pas glamour, pas cérébral, mais bien ancré. Et un chien, il faut en prendre soin ! Le nourrir, le laver, le soigner. Tout ça, sans pouvoir user de la parole. C’est là que réside pour moi la pépite qui m’émerveille: parvenir à nouer un lien très fort avec un être qui ne parle pas. C’est une relation qui se tisse dans le silence, qui se joue dans l’observation, qui passe essentiellement par le regard, et qui réside simplement dans la présence à l’autre.
Par ailleurs, voir un chien, ça crée du lien avec d’autres humains. Et dans le cas du handicap, c’est un véritable brise-glace qui dissipe immédiatement les éventuelles gênes ou peurs de maladresse.
Ensuite, même si cette chienne a vocation à m’aider, elle m’oblige. Elle m’oblige à prendre le temps, à être patiente, à faire équipe avec un être qui a ses propres limites dont je dois tenir compte. Car elle n’est pas parfaite. Et ça tombe bien, il paraît que moi non plus!
Surtout, elle m’oblige à devoir être en contact avec la nature – je me rends compte à quel point c’est triste d’écrire cette phrase ! L’un des engagements que j’ai vis-à-vis d’Handi’chiens, l’association qui me l’a remise, c’est de la faire courir dans un parc au minimum trois fois par semaine. Et quand on habite à Paris, ce n’est pas une mince affaire ! Mais comme ces pauses me font du bien… Quel bonheur de m’extraire de mon quotidien urbain, de mes réunions de travail, pour aller me promener dans un bois, même quand j’ai la flemme, même quand il fait froid. C’est de l’hygiène mentale, physique et spirituelle. C’est un moment qui me reconnecte à la Création. Et à la création avec un petit c, car c’est souvent dans ces moments-là que les meilleures idées me viennent à l’esprit.
Enfin, dans un monde où l’on a tendance à tout vouloir régler par la technologie, pour moi, le fait d’avoir un chien d’assistance, c’est un rempart contre le technosolutionnisme. Car oui, je pourrais avoir une serrure connectée pour ouvrir ma porte, une application pour allumer la lumière, voire même, demain, un robot domestique pour m’apporter tel ou tel objet. Ça ne sentirait pas mauvais, ça ne perdrait pas ses poils, ça exécuterait mes ordres parfaitement. Mais comme ma vie serait triste… C’est décidé, je préfère être dépendante d’un compagnon créé par le bon Dieu, même s’il faut ramasser ses crottes, que dépendante d’un algorithme et d’une entreprise lucrative, confinée chez moi, recroquevillée sur mon petit confort.
