J’ai pris une décision radicale et assez difficile cette année : quitter les réseaux sociaux -notamment Linkedin et Instagram où j’étais très active et suivie. Je sais que ça peut paraître fou (honnêtement, parfois, c’est ce que je me dis aussi), et C’EST DUR. Mais pourtant, au fond de moi, je sais que j’ai bien fait.
Déjà, j’en peux plus du contenu généré par IA. J’en peux plus des posts insipides écrits par ChatGPT. On vous voit. Arrêtez. (Et le pire, c’est qu’il y en a qui sont payé.e.s pour ça…)
Ensuite, j’en peux plus de tous ces solopreneurs/influenceurs sous stéroïdes de personal branding qui prétendent innover et rendre le monde meilleur alors qu’ils ne font que faire commerce de leur image et de leur audience. Ça prend des proportions beaucoup trop grandes, et ça finit par créer de nouveaux rapports de force qui ont un impact dans le monde réel. Et le « monde du handicap » n’est pas épargné. Je m’explique :
On laisse des figures individuelles émerger de nulle part sur les réseaux, construire des audiences faramineuses à grands coups d’IA et de storytelling bien rôdé. Elles deviennent, presque par magie, des porte-paroles quasi officiels de la cause du handicap. Mais la plupart du temps, quand on creuse un peu, le véritable intérêt est économique (il y a un business derrière, ou une carrière de conférencier.e à propulser), et il se déguise en intérêt militant. On a appris que certaines de ces figures influentes sur les réseaux étaient en réalité de véritables escrocs et des imposteurs (tout le monde le sait en coulisses), mais on les laisse jouir de leur influence en toute impunité. Elles sont invitées dans les ministères, dans les évènements, elles prennent la parole sur scène, dans les médias, elles tissent leur petite toile oklm, pour la simple bonne raison qu’elles ont une grosse audience et qu’ils savent jouer avec les algos. Mais quel gage de qualité ? Quelle preuve d’engagement ? Aucune.
En parallèle de ça, les associations historiques de défense des droits des personnes handicapées perdent du terrain. Elles sont moins visibles, moins sexy, moins cosmétiques. Ce sont les influenceurs que l’on a proclamés défenseurs de nos intérêts. Mais ces influenceurs ne sont pas des politiques. Ils dépendent des algorithmes, ils ont intérêt à soigner leur image, à être bankable, invités, sponsorisés, aimés. On est en train de vider le militantisme de toute substance politique et morale au profit du personal branding. Et l’individuel éclipse le collectif. C’est grave.
Je suis bien consciente que je suis moi-même issue de l’entreprenariat, et que je suis un pure produit de ce monde-là. Mais c’est justement parce que je suis moi-même concernée et menacée par le phénomène, que j’ai préféré me retirer.
Je refuse que ma valeur sur le marché soit définie par mon audience. Je refuse que ma capacité d’impact dépende de plateformes dont on sait ouvertement que les intérêts sont délétères. Je refuse de participer à cette illusion collective où l’on confond visibilité et légitimité, audience et compétence.
Je suis bien consciente que je me mets littéralement des bâtons dans les roues, et que je me complique beaucoup la vida en décidant de me priver de visibilité mais j’ai envie de croire qu’on peut encore faire bouger les lignes en investissant le monde réel et en retrouvant de l’intérêt pour un engagement sans filtre, sans algorithme, sans arômes artificiels.
Alors pour cette nouvelle année 2026, je vous souhaite :
Moins de likes, et plus de mains tendues. Moins de posts, et plus de conversations qui durent longtemps. Moins de followers, et plus de complices dans la vraie vie. Moins de visibilité, et plus de vérité.
Quant à moi, je continuerai de poster sur ce blog (vous pouvez vous inscrire pour recevoir les articles directement par e-mail), et à publier ma newsletter Walid le valide. Je rencontrerai de nouvelles personnes autour d’un café, je prendrai la parole dans le monde réel et je travaillerai sur de nouveaux projets concrets.
Pour me joindre, il suffit de m’envoyer un mail à charlotte@wheelcome.net – promis, je réponds ! (C’est beaucoup plus facile quand on n’a plus des centaines de notifications et de messageries intégrées sur plein de plateformes).
