Seuil critique – Une conversation tout à fait fascinante

L’autre jour, un ami m’invitait tranquillement à sa pendaison de crémaillère. « Je suis trop content ! J’ai trouvé un appartement trop cool ! Avec un ascenseur immense ! Tu pourras même venir chez moi ! » (Cet enthousiasme débordant se justifie par le fait que la majorité de mes amis habitent dans des chambres de bonnes pourries au 7ème étage sans ascenseur, – les plus fortunés habitant parfois au 5ème avec un ascenseur de 25 cm² – donc je n’ai pour la plupart, jamais pu mettre les pieds chez eux !). Un pote qui emménage quelque part avec un « ascenseur immense », vraiment, ça se fête (et ça se garde précieusement !).

« En plus tu verras, j’ai une terrasse trop stylée ! Ca va être trop cool pour les soirées d’été ! ».

Et là, déception.

Ascenseur émotionnel (ok, facile) de malade. Je savais que c’était foutu.

Voyez-vous, pire qu’un ascenseur trop petit, il existe un ennemi bien pire. Un ennemi de la pire espèce. Pire qu’une marche : un seuil !

A chaque fois qu’il y a une terrasse, il y a un seuil. C’est une plaie. Et impossible de porter le fauteuil.

C’est le petit détail auquel on ne pense jamais, mais qui ruine tout. Et en plus, c’est super galère à expliquer aux gens :

« mais si tu sais, UN SEUIL ! les marches où tu montes et après tu redescends ! ».

J’ai tenté de faire allusion aux portes cochères, mais les gens me regardaient encore plus bizarrement. Alors j’ai abandonné.

S’en est alors suivi une discussion par SMS effrénée sur la description de la marche en question et les alternatives possibles pour y pallier. Hors de question de renoncer, on allait bien trouver une solution.

Et là, je me suis rendu compte qu’on avait quand même réussi à DECRIRE UNE MARCHE SUR 40 SMS. C’est beau. Oui, j’ai des conversations tout à fait fascinantes avec mes amis.

Je me propose de revenir sur les différentes étapes de l’ébauche de définition d’une typologie des marches et les étapes du processus d’ascenseur émotionel associé (notez comme on sent que je suis toujours restée bloquée en mode « écriture de mémoire »)

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19 thoughts on “Seuil critique – Une conversation tout à fait fascinante

  1. Ahah ! Ça me rappelle l’été dernier quand je rentrais à la maison. Mon père avait fabriqué une grosse balance pour que je puisse aller sur la terrasse (en mode porte de chambre retrouvée dans le bazars que l’on appelle « garage », sur gros rondin de bois) Y’a pas à dire, quand t’es en fauteuil, tu deviens Mc Gyver ! xD

  2. Le problème, en ce qui me concerne, ce n’est pas tellement le poids de mon fauteuil (ok il fait quand même 150 kg) ni le fait qu’il n’y ait pas de prise (comme la plupart des Permobile). Non pour moi le problème c’est la dignité (et j’avoue un peu d’orgueil). Je ne me sens pas normal, pas humaine si on me propose de me porter. ça m’énerve vraiment. Bien sur les personnes qui le proposent en générales ne sont pas celles qui ont de la force pour porter. Bin non.

    Pour les seuils, la compagnie P&O a une très bonne solution : une double rampe de chaque coté avec un palier entre les deux. Et le tour est joué. C’est très pratique. grâce à ça je n’ai eu aucun problème pour aller dehors pendant le trajet.

  3. Bonjour,

    J’ai créé il y a quelques mois un blog sur le vivre ensemble.
    Ce mois-ci, j’ai décidé de traiter cette question en suivant des thématiques… et ce sera celle du handicap. en surfant sur le net, je suis « tombée » sur votre blog, qui m’a vous vous en doutez, attiré mon attention.
    Je souhaite reprendre une partie de votre témoignage sur le « Seuil critique » ainsi que faire une petite promo de http://wheelcome.net/: je désire m’assurer que vous en êtes d’accord.
    Je vous invite à faire également un petit tour sur mes pages… et, si vous acceptez de laisser un commentaire ou de proposer un article à publier j’en serai comblée!
    Merci à vous et toutes mes meilleures pensées
    Amicalement
    Martine

  4. Ton pote est juste un amour en fait !!!!!!! moi mon petit frère est en fauteuil pareil et je sais pas si ses potes seraient chauds pour se taper de faire une pente avec de la terre pour qu’il rentre à une teuf 😉

  5. ouais, enfin bon, le permobil sur 3 étages, ils devaient être effectivement costauds tes copains. En fait, ce n’est pas tellement le poids le problème, c’est plus qu’il n’y a pas vraiment de prise si on tient à la vie des vérins électriques…et des mains des porteurs. Je me rappelle mon fauteuil électrique coincé au 1er étage du lycée (power push à l’époque) et 6 pompiers qui ont eu du mal à le descendre (rappel: pas de prise et puis seules 4 personnes peuvent tenir autours!!!) (ils étaient vexés.. mais très gentils) ou coincé au 1er au théâtre du chatelet (permobil cette fois) avec les gars de la sécurité « 150kg, pas de problème.. » sauf que la seule façon de prendre le fauteuil est de le prendre par dessous…et que ça coupe…et que ce n’est pas très stable… Et, finalement, l’absence de prise est autant un problème sur 2 marches que sur 15…

    Par contre, un étage avec un « petit » fauteuil de 75kg et « basique » et moi dessus (c’est à dire 4 roues, une assise, un dossier, pas de vérin et 50kg de fille en plus), effectivement ça se fait (mais plus à 4 personnes que 2, ou alors des rugbymans, je veux leur adresses!!) 🙂

    N’oublions pas que notre blogeuse a l’air de prendre soin de son fauteuil:
    1/ elle l’a gardé 10 ans
    2/ elle ne part pas en avion avec (pas le même fauteuil sur la photo du canada 🙂

    Donc, OK avec Arnaud, ce n’est pas impossible, sauf que s’il arrive quelque chose au fauteuil (sans compter les porteurs), c’est le début des galères (avec moi non plus, le lève toi et marche n’a jamais marché…)

    1. Il faut surtout pas se mettre des bâtons dans les roues (oh oh oh ^^). Si on ne fait que penser aux risques « éventuels » du fauteuils, bah on ne fait rien. Vos amis, votre famille sont prêt pour porter le fauteuil en haut de la tour eiffel: GO !!!

      1. pour répondre à Arnaud, je ne m’estime pas appartenir à la catégorie des « on ne fait rien », je promène ma bosse assez souvent un peu partout. Par contre, risquer la casse quand on connait les risques, avec le prix d’un permobil et des pièces détachées, non merci. Pas de fauteuil = je suis prisonnière = pas possible de sortir, d’aller au boulot, de prendre la voiture (et oui, je conduis dans mon fauteuil et avec celui là, pas un autre (problème de fixation du fauteuil à la voiture))… Donc, prendre des risques, OK, mais tout en gardant les roues sur terre 🙂
        J’ai cassé mon petit invacare de voyage à Montréal en septembre (et grosse casse, besoin de changer de fauteuil), 2 mois sans partir en avion: 1 mois pour l’accord de l’entente préalable et 1 mois pour la réception (et heureusement, que petit fauteuil électrique, sans le tralala du renouvèlement du permobil). Pas de regret, mais heureusement, ce n’était pas le permobil

  6. Salut,

    Je me suis posé une question en lisant ton article: pourquoi est-ce impossible de porter ton fauteuil?
    Perso je suis dans un permobil (200kg sans moi dessous) et ils nous est arrivé plusieurs fois de le porter. Pour passer une ou plusieurs marches, le mettre dans le coffre d’un espace et le must monter 3 étages en colimaçon dans un vieille immeuble sur Paris. Je te l’accorde il faut minimum deux costaux, mais ce n’est pas MISSION IMPOSSIBLE !!

  7. Je compatis… Trop vu de gens « bien attentionnés » qui gaffent et ne veulent pas reconnaître qu’ils ont tort ! (ben oui, on est Français !) Il y a un téléfilm avec Frédéric Diefenthal : 《Comme sur des roulettes》qui illustre bien le problème… (avec beaucoup d’humour !)
    Mais bon, courage ! Je sais que parfois c’est dur ! Ne perdez pas votre joli sourire !

    1. Moi quand je suis coincée et que le fauteuil de Manon ne passe pas, je lui dis : »lève toi et marche! »
      Ben quoi, y ‘en a pour qui ça a fonctionné…!
      Mais bon, j’avoue, ça fait 12 ans que je lâche ma vanne pourrie et…elle ne marche pas. Ni la vanne ni Manon!
      Allez poussez poussez..ça finira bien par passer.
      C’est toute la genèse du monde!

  8. « on ouvre et tu es dehors » : il faudra proposer ca dans les bars où il n’est possible de fumer que sur la terrasse! 🙂 « mais monsieur, si vous ouvrez le hublot, je suis comme dehors » ! Good Game!

  9. Objet : Quelle solution pour réduire marches et seuils ?
    Bonjour,

    I – Les personnes concernées par les marches ou des seuils

    Toute personne même valide est un jour invalide. Cette affirmation ferait bondir les personnes valides comme une remarque quasi raciste (et c’est un mot proscrit).

    Mais soit par naissance, soit par accident de vie, soit par vieillesse, un jour ou l’autre, nous nous rencontrons devant une marche difficile à franchir, même avec l’aide d’une autre personne … valide !

    II – Alors pourquoi les architectes ont-ils mis des marches ?

    Il faut bien qualifier ou trouver un responsable, nous l’appellerons architecte. Comme chacun le sait un architecte est un bâtisseur, constructeur, ingénieur, c’est à dire inventeur d’engins de guerre, ouvrier par son étymologie la plus proche (en italiques).

    Quoiqu’il en soit, de par ses qualités, l’architecte appartient à la population des personnes « valides » susceptibles d’être plus ou moins immobilisés un jour.

    S’ils n’ont pu résoudre le problème pour d’autres ou pour eux-mêmes, c’est bien qu’il existe une difficulté dont ils ont du mal à mettre en avant une solution adéquate !

    Cette difficulté provient de l’isolation, de la séparation entre un lieu humide et un lieu sec.

    III – Pourquoi rendre inégal ce qui est égal ?

    « Iso » signifie égal. Nous aurions pu nous attendre à ce que l’isolation conserve de part et d’autre d’elle-même un environnement aux caractéristiques les plus similaires, à l’exception de celle qu’elle entend soustraire.
    Par exemple en isolation phonique, nous avons moins de bruits mais toujours des portes ou des fenêtres pour accéder au local insonorisé. Il n’y aurait pas d’intérêt à réaliser une pièce du silence entièrement fermée (sinon une éternelle prison) !
    Il existe bien d’autres dispositifs d’isolation plus ou moins bien conçus. Mais venons-en à celui qui est source de nos maux. Il s’agit de l’eau et de l’humidité.

    IV – L’état actuel

    Ne sachant pas réaliser un environnement où nous passerions du sec à l’humide à même hauteur, nous avons placé une sorte de mur, appelé marche, qui réduit ou stoppe les dégâts que l’eau ou l’humidité engendrent.
    Il faut donc bien, si nous voulons avoir le même niveau et les conditions d’humidité et de sec, que l’eau ou l’humidité s’évacuent quelque part.
    Ainsi, avant de corriger ce défaut de l’édifice, il convient de savoir où nous voulons que le liquide s’en aille.

    Dans un deuxième temps, nous remettons à la même hauteur les deux niveaux, nous élevons le niveau le plus bas, ce qui revient à déplacer la marche !
    Pour ce qui est d’une terrasse, ce n’est pas vraiment gênant si nous n’envisageons pas d’en descendre à pied ou à roulettes (serait-elle entourée d’une balustrade, etc. ou d’un parapet ?)
    Si nous avons un large espace, c’est-à-dire une bonne longueur, il est alors possible d’y substituer un plan incliné. Mais pour ce qui est d’un espace étroit, la marche, si réduite soit-elle, entrecoupée au début, au milieu ou à sa fin par un plan incliné, dans les deux sens que nous puissions la prendre, existera toujours !!!

    La seule solution est alors de raser l’immeuble qui avait la prétention de monter trop haut, pour les uns, pour les autres et pour tous.

    Et c’est vraiment remettre les choses à leur niveau.

  10. Hihihi !!! J’ai vécu ça dans la maison que j’ai loué le mois dernier… Le proprio m’a fort gentillement construit une belle rampe solide… D’UN CÔTÉ !!! Forcément, je suis resté CROCHÉE au seuil de la porte ! Mon fauteuil passait… Pas mes batteries ^^ ! #souvenirsdevacances

  11. Bonjour, j ai vu, il y a qq temps un reportage sur vous à la télé. J ai tout de suite prit le nom de votre blog. Mon mari est en fauteuil roulant suite à un accident de moto et d une paraplégie… C est peut être bizarre pour vous ce que je vais dire, mais c’est tout à fait ça ce que l’on, ce qu’il vit!! Les gens ne pensent pas à tout ce qui est contrainte pour les fauteuils : les cailloux que l’on remet dans les allées ; les « seulement » 2,3 marches devant la porte ; les trottoirs sans bordure, mais en pente.. Les gens, même de notre famille, ne se rendent ou ne veulent se rendre compte de tout cela et bien pire. Je vois dans vos articles que vous avez beaucoup de courage! Félicitations. Car desfois c est moi qui est en manque. Heureusement, cela ne dure que qqs minutes de temps en temps, il faut tenir bon pour vous et votre famille. Merci pour votre blog, c’est très réaliste. Je vous comprends et j ai l impression que l on vit les même choses que vous lorsque je vous lis. De bonnes choses pour votre avenir, en continuant de vous lire. Zaza.

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