Après le RER, j’ai voulu essayer le bus, en me disant que s’il n’y avait pas d’ascenseurs, ça limiterait quand même pas mal les dégâts, quitte à mettre six fois plus de temps. Et puis c’est pas mal le bus, « on voyage ».

Sauf que ce jour-là, il pleuvait vraiment des cordes et j’étais trempée, j’avais limite peur que mon fauteuil disjoncte.

Pour rentrer dans les bus, comme dans les RER, il y a des rampes électriques qui sortent du ventre du bus par la porte arrière.

Le bus, que j’avais l’habitude de prendre de temps en temps, s’arrête donc. La rampe ne descend pas. Je vais parler au chauffeur à l’avant du bus – toujours sous la pluie – et je lui demande « Excusez-moi Monsieur, pourriez-vous descendre la rampe svp ? »

– « Je ne sais pas comment on fait. »

Quand j’entends ça – et je l’entends souvent -, j’ai envie de les traiter de tous les noms, parce que sur leur tableau de commande, y’a un PUTAIN DE BOUTON AVEC UN GROS LOGO FAUTEUIL ROULANT ET IL SUFFIT D’APPUYER DESSUS.  Bon ok, il y a une petite subtilité technique qui requiert de fermer les portes le temps que la rampe sorte, et de les réouvrir après, mais sérieux les mecs, c’est pas plus compliqué que d’appuyer sur le bouton d’un ascenseur. J’explique donc, poliment.

Le mec (que nous appellerons « Le mec », parce qu’il ne mérite pas que je lui trouve un prénom), me dit « Ok ! » avec un grand sourire et ferme la porte.

ET IL SE CASSE.

Il me laisse là, sous la pluie, toute seule, et démarre en trombes.

Et pour couronner le tout, le prochain était dans 26 minutes. Mais bon, il pleuvait vraiment trop, c’était hors de question de continuer à pieds.

26 minutes plus tard, mon sauveur arrivait, enfin ! Comme le précédent, je vais voir le chauffeur…

– « Ah non désolée, la ligne a été désaccessibilisée !

– « Plait-il ? »

– « Elle était accessible avant, mais là elle ne l’est plus. »

AAAH BAH C’EST BIEN CA !

– « Mais enfin, qui serait assez stupide pour faire une chose pareille mon bon monsieur ? »

– « Ah bah c’est comme ça hein, je peux rien pour vous »

J’avoue avoir commencé à m’énerver, ce qui arrive très rarement. Et les gens dans le bus ont commencé à s’énerver aussi, parce que le bus prenait du retard, donc ils se sont levés, et sont passés dans le bus suivant qui nous rattrapait. A l’exception d’une vieille dame, qui a du se sentir portée par un élan révolutionnaire et qui a majestueusement clamé en levant le poing fièrement : « Mais enfin ! C’est une honte ! Que personne ne sorte tant que cette jeune-fille n’est pas rentrée dans le bus ! Aux armes citoyens ! » (bon non, j’avoue, elle n’a pas dit aux armes citoyens, mais elle aurait pu). C’était beau.

Sauf que… tout le monde s’est barré. J’avais envie de rire tellement elle faisait un bide absolu, parce que tout le monde s’en foutait vraiment, c’était gênant pour elle. Du coup, elle a baissé les bras, repris son sac, et dit timidement « Bon bah, désolée hein » en haussant les épaules avant de sortir à son tour sur la pointe des pieds. Et le bus est reparti, à vide.

Plus tard, j’ai appris que quand une ligne était « désaccessibilisée », les rampes fonctionnaient toujours, c’est juste que les chauffeurs n’ont pas le droit – pourquoi, ça je ne sais pas – de les activer. Donc maintenant, quand je prends le bus, j’y vais armée, je m’entraîne à avoir l’air la plus méchante possible, et dès qu’un chauffeur commence à me ressortir son laïus à la con, je l’arrête net, genre « on me la fait pas à moi mec, baisse la rampe ».

J’essaie de ressembler à ça :

Et quand toutes les étoiles du ciel sont alignées et que j’ai fait la danse de la pluie, ça marche.