Il y a quelque temps, je suis partie en Israël. Une de mes copines s’était installée à Jérusalem quelques mois, et m’avait dit « Viiiiens chez moi !! Tu verras !! C’est TROP accessible ! Aucun souci pour toi ! ». J’étais un peu sceptique, mais l’idée était plutôt sympa, donc je me suis laissée tenter.

En réalité, elle habitait dans l’endroit le moins accessible du monde, ce que j’ai découvert une fois sur place. « Oui mais si je te l’avais dit avant, tu ne serais jamais venue ». Pas faux. On vivait donc au bout d’une rue-escaliers,  dans une maison-escaliers sur une terrasse, elle-même en haut de ça :

escalier de la mort

Existe-t-il endroit moins accessible sur Terre ? Non, je ne crois pas. Mais là n’est pas mon propos, et puis ma vie ne se résume quand même pas à une histoires d’escaliers…

Ce qui est assez drôle avec ce voyage en Israël, c’est qu’à deux reprises je me suis retrouvée dans des situations pour le moins absurdes.

La première, tandis que nous traversions Jérusalem sous un soleil de plomb. Littéralement  on mourrait de chaud. J’étais avec mon amie, nous n’avions plus d’eau, il devait faire 40° à l’ombre, et nous nous sommes retrouvées dans une rue hyper en pente. Elle n’arrivait plus à retenir mon fauteuil tellement la pente était raide, elle glissait, et on allait mourir déshydratée au milieu d’une colline déserte. Nous nous sommes donc arrêtées, désespérées et paniquées à l’idée de rester bloquées là.

desert mort

Quand soudain, passe un gros 4×4. Telles des rescapées sur un radeau à la vue d’un bateau  nous nous sommes mises à faire de grands signes. Je n’avais jamais fait de stop. Et bah je n’ai pas été déçue ! Deux armoires à glace avec des lunettes de soleil sortent de la voiture, on les supplie de nous prendre avec eux, on était prêtes à pleurer. Ils échangent un regard sceptique, quelques mots dans leur langue. Pour tout vous dire ils n’avaient pas l’air chauds-chauds du tout. Mais on devait vraiment avoir l’air au désespoir. Ils acceptent, joie dans nos coeurs. Ma pote me porte donc pour m’installer dans le 4×4 et plie mon petit fauteuil pour le mettre dans le coffre. Pendant ce temps, je regarde autour de moi, bizarre, plein de postes de radio trafiqués dans la voiture, et une immense bouteille de vodka roulait sous mes pieds. Elle me rejoint escortée par nos deux nouveaux amis, elle s’assied en tirant une tronche franchement chelou. « Euh Charlotte, j’ai mis le fauteuil dans le coffre, il est plein d’armes. Y’a genre des mitraillettes partout à l’arrière ». OK. Super ambiance. On a été prises en stop par des terroristes, ils vont nous kidnapper. Nous tuer. Tout va bien. On commence à imaginer tous les scénarios possibles, eux n’échangeaient pas un mot. Je me demandais s’ils allaient vraiment nous déposer là où on voulait,  et je pensais à mes parents qui me tueraient s’ils savaient que j’étais montée dans une voiture de trafiquants d’armes.

traffiquant d'arme

Mais c’était des faux méchants. Ils nous ont déposées à l’endroit attendu et sont repartis sans dire un mot. On a eu chaud. Le stop c’est fini. Plus jamais.

Le reste de notre voyage se passe bien. Et arrive le jour du départ. On se rend à l’aéroport, et dès notre arrivée, un militaire prend nos passeports, nous regarde, et nous colle un numéro dessus. Le 5. Plus loin dans la queue on redonne notre passeport, et à la vue de ce chiffre, on nous embarque « Suivez-nous mesdemoiselles. » Oulaaa.

Vous vous demandez surement ce que signifie ce chiffre 5. Il s’agit d’un indicateur allant de 1 à 6 du degré de suspicion que l’on a sur vous. A 6, c’est la fouille corporelle totale, à poils. Donc 5 c’est déjà un joli score. On a eu droit à un interrogatoire comme jamais je n’en ai vu de ma vie.

terroriste

« Qu’êtes-vous venues faire en Israël ? Qu’avez-vous fait lundi ? et mardi ? et mercredi ? Où avez-vous dormi ? A qui avez-vous parlé ? Etes-vous lesbiennes ? (euh, non) ». Pour plus de pression, nous étions évidemment séparées elle et moi, et ils comparaient nos réponses ensuite. Fouille intensive de la valise (qu’on avait mis 3h à essayer de fermer tellement elle était pleine). Ils ont ouvert nos paquets cadeaux, démonté nos brosses-à-dents électriques et  passé le moindre centime de notre porte-monnaie au scanner. Et là ils se sont dit que ça serait marrant de s’attaquer à mon fauteuil. Sans que j’ai le temps de dire quoi que ce soit, je me suis retrouvée assise sur une vulgaire chaise, et j’ai vu mon fauteuil se faire démonter pièce par pièce, boulon par boulon et passer au détecteur d’explosifs. Chaque mèche de cheveux de mon crâne scrupuleusement inspectée (histoire d’être sûr que je n’y cachais pas un bazooka), ils me disent « Levez-vous ! ». C’eût été avec plaisir messieurs dames, mais là voyez-vous, je ne peux pas. « Oui mais on veut passer un détecteur de métal dans votre dos et sous vos fesses ». Je comprends mais ça va être compliqué les mecs. Ni une ni deux je me suis retrouvée dans les bras de quelqu’un les fesses en l’air. Heureusement le ridicule ne tue pas.

2h40 plus tard, on a failli rater notre avion. Ah qu’ils étaient loin les gentils videurs de Paris qui me laissent faire ce que je veux pour un battement de cils !

Je profite de cet article pour vous souhaiter à tous et à toutes une très bonne année et pour vous remercier chaleureusement pour tous vos gentils messages !