Mon chien d’aveugle – épisode 1

Vous saviez déjà qu’habitant seule, je me retrouve parfois dans des situations embarrassantes, où je dois par exemple, compter sur mon chat pour allumer la lumière histoire de pas me retrouver dans le noir à 18H20. Bon, en vrai, ça marche moyen.

Du coup SURPRISE j’ai pris un chien ! #30millionsdamis

Mais pas n’importe quel chien, non non, un chien d’assistance. Un handi’chien.

Bon, je ne vous cache pas que j’ai hésité pendant des années, parce que je me disais que déjà j’étais en fauteuil, mais si en plus je me trimballais avec un chien d’assistance, les gens allaient penser qu’en plus j’étais aveugle, et que quand même, il fallait pas déconner.

 

Aveugle fauteuil chien

 

Et puis un matin, je me suis réveillée, et je me suis dit :

MAIS NOOOON les gens ne sont pas si cons.

Et bien devinez quoi ? SI ! Haha

Mais avant de vous raconter ma nouvelle vie avec mon super chien en marcel (je crois que c’est supposé être une cape, mais marcel c’est bien plus gangsta) dans un prochain article, je vais d’abord vous expliquer ce dont il s’agit.

Figurez-vous qu’il existe des chiens au top qui sont éduqués pendant 2 ans pour aider les personnes en fauteuil, et faire plein de gestes qu’on peut difficilement faire. Alors non, pas passer l’aspirateur ni faire la cuisine faut pas pousser, mais typiquement ramasser un objet que je fais tomber et me le poser sur les genoux, ouvrir et fermer les portes, prendre un objet dans un placard, appuyer sur un bouton d’ascenseur, et… ALLUMER LA LUMIÈRE ! Si on combine plusieurs formules le chien peut même prendre des articles dans un supermarché et les mettre dans le cadis, puis les mettre sur le tapis de caisse, prendre mon porte-monnaie dans mon sac et le donner à la caissière. Je vous jure c’est vrai.

Avouez vous êtes trop jaloux là hein !

Mais bon, étant donné que ce sont des chiens d’exception, on n’en obtient pas un en claquant des doigts. Non non non il faut montrer patte blanche.

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Donc après avoir rempli un dossier, on passe un entretien à domicile, avec un chien, histoire de s’assurer qu’on a un mode de vie compatible et prévoir quelques ajustements sur l’éducation des chiens en fonction des besoins (ex : j’ai besoin d’un chien résistant aux chats parce que j’habite avec un caïd, à l’eau parce que j’habite tout près du canal et les baignades urbaines expérimentales c’est plus trop de saison, et idéalement aux bruits d’explosifs parce que j’ai des apprentis artificiers en bas de chez moi).

 Impossible n’est pas handi’chiens : CHALLENGE ACCEPTED.

Et c’est la que démarre la deuxième étape ô combien intense : le stage. Deux semaines de formation à la conduite d’un chien d’assistance.

Alors au moment de partir et de programmer mon message d’absence de ma boite mail j’ai hésité entre « Désolée je serai en stage de maitre chien du 4 au 16 octobre » ou encore « Je ne suis pas joignable car je suis actuellement en mission commando entourée de chiens et de gens en fauteuil au milieu de la forêt – je sais, le rêve », et je me suis finalement dit que « déplacement » c’était peut-être moins chelou.

C’est parti direction Blois. Enfin plus exactement le lieu-dit de la banlieue de Blois.

En vrai je ne savais pas du tout à quoi m’attendre, si ce n’est que j’allais « tester » plusieurs chiens, et repartir avec un. Le seul truc qui m’inquiétait c’était de tomber sur un chien qui avait pas un vieux nom de poney genre Caramel ou Cannelle (oui j’ai des problèmes existentiels de taille), et je m’étais dit « moi je veux un mâle Golden Retriever immense qui pèse ». Et bien pas du tout ! Je suis repartie avec la plus petite labrador noire de la promo haha !

Comment ça s’est passé ?

On m’avait dit « c’est pas toi qui choisis c’est le chien ». Mouais un peu sceptique quand même. Et du coup j’avais imaginé qu’on mettait tous les stagiaires en fauteuil dans une pièce et qu’on lâchait les chiens pour voir vers qui ils allaient et que c’était plié. Et puis je me suis rendue compte que l’hypothèse selon laquelle on allait lâcher une meute de chiens surexcités sur des gens en fauteuil « pour voir » était peu probable. Et en effet.

Lachez les chiens

En fait j’ai « essayé » 5 chiens différents, et ai du faire un parcours avec devant les éducateurs du centre, en demandant au chien des trucs assez basiques genre « assis debout couché dis bonjour ». Et là première grosse claque, j’ai vraiment compris que ce n’était pas qu’une histoire de physique, mais de vrai « feeling » qu’on avait avec un chien, ou pas. Il y avait un seul Golden et de loin au début je m’étais dit « trop cool je le veux trop » et en passant avec lui j’ai compris que non, sans regrets, il n’était pas pour moi parce qu’il ne se passait rien de « spécial » avec lui. Et au contraire avec cette petite noiraude c’était trop cool, elle était trop contente, elle démarrait au quart de tour et me sautait dessus tout le temps.

Du coup là-bas concrètement j’ai appris à « parler chien », parce que les chiens connaissent tous au moins 52 commandes différentes et c’est un langage un peu spécial qui fait qu’on a l’air de parler comme un débile (mais ça aussi ce sera dans le deuxième article), et dès le troisième jour on m’a attribué India qui ne m’a plus jamais quittée. Et comme ce sont des chiens qui ont le droit d’aller partout, elle me suit vraiment tout le temps (au resto, à l’hotel, au bureau, au supermarché etc – mais ça aussi ce sera pour plus tard).

India et Charlotte

Le week-end au milieu du stage on pouvait rentrer chez nous avec le chien, et là ça a été super dur. Je me suis rendue compte qu’un chien c’est très différent d’un chat (naaaaan sans déc) et que bah oui ça pue, ça bave, ça fait caca tout le temps, c’est compliqué avec un chat (naaaan sans déc 2) et ça allait être un gros changement dans ma vie. Pas sure d’assumer, pas sure de savoir gérer et d’être capable de m’en occuper avec tout le boulot que j’ai déjà – bref grosse grosse remise en questions. Mais bon, un peu comme le babyblues, finalement c’est juste une histoire d’habitudes à prendre, et dans le fond, ça va être une super présence et ça va beaucoup m’apporter.

Et puis j’ai repensé à mon chat, et là illumination, non seulement le chien allait m’aider à fond dans ma vie de tous les jours, mais il allait aussi m’aider à dresser Boulbi ! Fini les barrages que je ne peux pas enjamber, il suffirait d’appeler le chien et le chat détalerait à coup sûr. Après tout, on allait bien rigoler.

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Donc deux semaines de stage chien où on a un peu pleuré mais beaucoup ri, et fait des trucs de dingue avec les chiens, genre passer aux rayons croquettes des animaleries avec une rangée de croquettes par terre, et le chien doit passer au-dessus des croquettes sans les manger. Citez-moi un seul chien capable de faire ça, moi perso, j’avais jamais vu ça.

En fait les chiens ont été élevés par des familles d’accueil bénévoles qui reçoivent les chiens tout petits et qui les socialisent en les emmenant partout où les chiens seront amenés à aller plus tard, une fois remis à un bénéficiaire (cinéma, école, bureau, marché etc). Puis à l’âge de 18 mois les chiens partent en centre où ils sont pris en main par des éducateurs et ils apprennent notamment à se familiariser avec un fauteuil (marcher sans dépasser le genoux de la personne assise, bouger sans se faire écraser les pattes, poser leurs pattes sur les cale-pieds du fauteuil etc). Et tout ça c’est possible uniquement grâce à l’association Handi’chiens, les bénévoles qui se dédient à ça, les familles d’accueil qui voient les chiens partir, et bien sûr les donateurs, car tout repose sur le don (pour vous donner une idée, l’éducation d’un chien coute dans les 14 000 euros, et les chiens sont remis entièrement gratuitement, donc il y a un gros gros besoin).

Etonnamment j’étais triste de partir après ces deux semaines, mais c’était rien en comparaison de la remise officielle des chiens qui avaient lieu à la Mairie de Paris. Là j’ai rencontré la famille qui avait élevé India, et j’ai été super émue. Deux petites filles trop mignonnes de 4 et 8 ans qui pleuraient en disant « Au revoir India ». J’avais l’impression de leur prendre quelque chose, et à la toute fin la petite fille m’a dit « Je suis contente que ce soit toi qui aies India et je vais te faire un dessin de elle et de toi debout, parce qu’avec India maintenant c’est comme si tu étais debout ». 

 

#toutestdit

#crymeariver

#merci

Et voilà la vie a repris son cours, avec un nouveau compagnon, et je vous assure que c’est pas triste… Mais j’ai déjà tellement de choses à dire que je garde ça pour un prochain article !